The Birds of America, de Jacques Loeuille. Archives du ciel

Sélectionné au Festival de Deauville 2021 dans les Docs de l’Oncle Sam, The Birds of America sort aujourd’hui 25 mai au cinéma. Regardons et écoutons les chants d'oiseaux déjà disparus, espérant que l'abjection de la disparition programmée de leurs confrères puisse les sauver.

Birds of America © Météores Films – ARTE France Cinéma


Tristes topographies


Ce documentaire part des planches du naturaliste français Jean-Jacques Audubon et signe une oeuvre qui allie la nature et la science. C’est comme un écho à la très riche exposition «Les Origines du monde, L'invention de la nature au siècle de Darwin », qui eut lieu au Musée d’Orsay en 2021 et qui a d'ailleurs exposé certaines de ses planches. Peu connu en France, mais figure quasi populaire aux USA, Jean-Jacques Audubon a parcouru le Mississipi au début du XIXème siècle. Passionné par la nature, par le voyage aux extrêmes topographiques et par une étude holistique, il était aussi un écologiste avant l’heure, préfigurant les désastres qui ont court aujourd’hui.

Audubon n’a cessé de travailler à reproduire obstinément les animaux qu’il observait, et ce d’une toute nouvelle manière pour l'époque, délaissant les postures figées pour apporter le mouvement. Ainsi, des centaines d’oiseaux, aujourd’hui disparus, reprennent vie sous nos yeux, grâce au bruitage gazouillant et chantant et à une caméra aussi souple que lente, laissant le temps à nos regards de s’imprégner des dessins.


Birds of America © Météores Films – ARTE France Cinéma


Érosion du littoral et de l’imaginaire


The Birds of America met en avant la cartographie ensanglantée de l’Ouest Américain, et interroge les membres des anciens peuples amérindiens, de moins en moins nombreux. Comme Audubon, Loeuille répertorie, mais à la place des oiseaux, il enregistre les mémoires des peuples sur le bord de la disparition, dont les terres s’érodent à une vitesse folle. Cette odyssée écologique vient alors, à point nommer, torde le cou à l’idée que l’histoire n’est écrite que par les vainqueurs. Non, ici, ce sont les perdants qui parlent et qui poursuivent leur lutte commencée en 1492 avec l’arrivée des troupes de Christophe Colomb qui rendirent les peuples indigènes en esclavages (quand ils ne les tuaient pas).


Birds of America © Météores Films – ARTE France Cinéma


Ce qui ltient à coeur, et que l’on décèle à travers le montage de son documentaire - voix off décrivant une végétation luxuriante alors qu’à l’image défilent les paquebots et les usines crachant leurs fumées - c'est d’ébaucher l’idée qu’avec la disparition de la Nature et l'obscénité de cette réalité, nos potentiels d’imaginaire vont du même coup s’altérer. Ce documentaire mémoriel exige des politiques au pouvoir un retournement de l'ère industriel, un ciel vivant et mélodieux, non pas seulement pour nos enfants, mais pour toutes les générations futures.


Birds of America © Météores Films – ARTE France Cinéma

Apolline Limosino