Entraînement n°1


© Benjamin Siksou


Du grillage entoure un terrain de tennis, et au milieu, un petit garçon. Habillé d'un t-shirt en coton et d'étoiles sur son short, sa joie se lit au sourire qui imprime tout son visage. Ce n'est pas Wimbledon - il n'y a pas de gazon - ni Roland Garros - même si le sol est sec - car la terre n'est pas battue. C'est un simple revêtement, duquel se dégage une cotonneuse odeur de foin ou de résine, aussi douce que le bruit du rebondissement des balles dessus. Mais pour le petit garçon, Garros, Wimbledon ou ce terrain, à Villethierry dans l'Yonne, c'est la même chose : le bonheur indescriptible d'y poser ses pieds et de s'y tenir debout. A tout juste trois ans, ce sont ses premiers pas sur un terrain qui lui paraît immense, quasi surréaliste. Mais il s'y sent bien, le grillage de sa raquette, du filet et du terrain le protège et dissout son anxiété. Tout de son corps indique la précision d'un tennisman : il se tient en contrapposto, sa jambe gauche porte le poids du corps, quand l'autre s'abandonne à un léger fléchissement. Ses épaules suivent ce mouvement d'aisance, la gauche est relâchée, la droite relevée. Posture vivante, évoquant celle des sportifs taillés par Polyclète, le maître de l'élan vital en sculpture. Ce petit être mêle à lui tout seul le Vème siècle athénien et le début des années 90 où Kurt Cobain conquiert le monde avec son titre "Smell like teen Spirit" dont la mélancolie vibre jusque dans l'atmosphère de ce court. Derrière le petit bonhomme, sa mère, assise sur un banc a les jambes croisées et étale de la crème solaire en pensant au livre posé à côté, dont les feuilles tournent au vent, chaud, très chaud. Derrière elle, en hors champs, une pelleteuse retourne on ne sait quoi de sérieux. Son immobilisme parle de lui-même, comme dans un tableau de Giorgo de Chirico où le temps semble suspendu par la chaleur d'une campagne, étouffante.

Les mains du tout petit être tiennent fermement la raquette. Il ne désire qu'une chose : la vitesse de son renvoie. Il s'imagine alors parachever la balle dans l'air, lui faire suivre une trajectoire délimitée à l'envie. Alors commence l'entraînement n°1 dans la langueur d'une journée pas comme les autres.


Apolline Limosino