"My Zoé" de Julie Delpy, ou le salut du corps

Si en philosophie l'important est davantage la manière dont on pose une question que la réponse apportée, le film My Zoé a une portée philosophique conséquente. Les parents de Zoé, 6 ans, sont divorcés et entretiennent des relations conflictuelles au point de devoir gérer la garde de leur fille par l'intermédiaire d'une médiatrice. Lorsqu'une tragédie frappe cette famille, les parents ne pondèrent guère leur relation déjà défectueuse, mais la surenchère.

Zoé (Sophia Ally) et Isabelle (Julie Delpy) dans My Zoé de Julie Delpy, 2019. © Warner Bros


Le film prend parfois des allures de pièces de théâtre, comme dans une scène terrible où, prisonniers d'une cage de verre au sein de l'hôpital, les parents se déchirent. En trois actes et un épilogue, le film de Julie Delpy ne se complaît guère dans son sujet mais parvient toujours à reprendre son souffle - et ce malgré les nombreuses scènes de disputes et de drames. My Zoé suit sa ligne directrice de manière modeste et authentique où seuls les mots et bruits de l'activité humaine entourent, sans l'illustrer, le sentiment d'incommunicabilité de la perte d'un enfant. C'est en étant plongé dans le récit, via le jeu subtil des acteurs, sans aucun ajout musical qui aurait pu paraître superfétatoire, que le spectateur traverse l'inexprimable.


More than the Big Bang


Voilà un film qui pose des questions qui porte sur l'intime en éludant consciemment le raisonnement éthique - l'individu se résume-t-il à ses gênes ? My Zoé ne souhaite pas se confronter à la morale mais demeure dans un fleuve charrié par la prédominance, insensée, des seuls sentiments. Et si, parce que perdre son enfant est une chose inacceptable, un chaos ontologique, cela rendait justement légitime une expérimentation déroutante ?


Isabelle ne peut concevoir de perdre sa fille, ce qui est théoriquement recevable. Toutefois, elle va plus loin, au-delà de ce qu'y est attendu d'elle - sauf peut-être par sa mère qui est l'instigatrice de sa ferme résolution à trouver une solution à la mort de Zoé. Tenace, portée par l'amour authentique, cette femme n'est autre qu'une mère qui aime son enfant d'un amour intarissable, propre à l'amour maternel. Elle qui a été décrédibilisée par son ex-mari, victime de violences psychologiques très fortes après son accouchement, n'est pas cette mère obsessionnelle et hystérique que son ex-mari veut lui faire croire. Elle trouve la force de compromettre le destin, avec une naïveté décidée, comme pour attester que s'il n'y a pas de mot pour décrire une mère qui a perdu son enfant, c'est parce que cela ne peut pas, ne doit pas, être possible.


Zoé (Sophia Ally) et Isabelle (Julie Delpy) dans My Zoé de Julie Delpy, 2019. © Warner Bros

Apolline Limosino