"Un Héros" d'Asghar Farhadi

Asghar Farhadi est un trésor pour le cinéma iranien, il dépeint avec une rare préciosité la société iranienne, où religion, morale et liberté s'entrechoquent brutalement. Il a déjà conquis le public français avec Une Séparation (2011) et Le Passé (2013).

Rahim (Amir Jadidi) et son fils, dans Un Héros d'Asghar Farhadi, 2021. Mémento Distribution

Verves iraniennes


Avec un titre dans la même veine lapidaire que ces précédents films, Un Héros est encore une fois une belle réalisation. Grand Prix et Prix de la Citoyenneté au Festival de Cannes 2021, ce héros iranien n'est autre que l'histoire de Rahim (Amir Jadidi, aussi solaire que fumeur), un homme fondamentalement bon qui se retrouve en prison après avoir fait faillite. Il doit rembourser une dette, et profite d'une permission de deux jours pour trouver une solution - rendre à sa propriétaire un sac contenant des pièces d'or trouvé en pleine rue - afin que son créancier retire sa plainte. Au courant de son acte de bonté, les responsables de la prison trouvent une opportunité : celle de mettre en lumière médiatiquement un de leurs prisonniers comme "exemplaire" dans le but de faire oublier les suicides qui ont lieu entre leurs murs.


C'est alors que s'enchaînent des rebondissements de toute part - souvent dus aux conséquences désastreuses du système médiatique gouverné par les réseaux sociaux - embarquant le spectateur dans des diatribes et des silences qui durent 2 heures. 2 heures, le temps nécessaire à Rahim de comprendre que la bonté n'est parfois pas la meilleure des amies, si ce n'est sa pire ennemie.


C'est une fois encore entre la cuisine et le salon que tout se passe, la cellule familiale tantôt éclate, tantôt se réconforte. La caméra de Farhadi sait parfaitement se positionner aux interstices des pièces, dans l'embrasure des portes, entre les marches, les cages d'escalier et les paliers de porte ; ces lieux de passage qui sont pourtant des lieux purement cinématographiques au sens où c'est là que les plus forts sentiments du film se glissent. Et aux émotions des spectateurs d'y naître...


Apolline Limosino