De cette steppe ou du matin


© Elliott Verdier


On poursuit le chemin à pieds, suivant les courbes serpentines de la terre, on louvoie, on s’approche. Ici, le spectre lumineux est plus ample, il nous donne presque accès à une partie de l’invisible, c’est une dimension nouvelle, un souffle continuel.


De cette steppe ou du matin, une certaine grâce jaillie de terre. L’atmosphère est si légère que la brume et la poussière se mêlent, se stabilisent avec le froid, sec et venteux, puis finiront par s’étioler au soleil. Une lumière aux allures divines, qui semble venir de toutes parts, termine son voyage au cœur de cette oasis de l’au-delà. C’est un monde à soi, si réel et pourtant suranné, le temps ne compte plus pour ceux qui le peuplent, ils sont déjà partis dans l’infini. Les corps se couchent pour la toute dernière fois, et les âmes s’installent dans cet ultime havre de paix. Ils ont perdu leur souffle, peut-être difficilement et sûrement trop tôt. La vie s’échappe, et notre peau n’y peut rien changer, nos mains restent muettes face à la disparition. Alors on s’essaie au sublime, on les allonge doucement pour leur offrir le silence des plaines comme dernier refuge, qu’ils reposent sur la cime de la terre, transis dans la quiétude des gagnants. Mais ici c’est encore la verticalité qui triomphe de la mort : les chairs s’ancrent dans la terre tandis que les pierres tombales s’érigent haut vers le ciel. Telles de colossaux troncs d’arbre ou des rayons de Soleil figés dans l’instant, les sépultures connectent le monde microscopique de la terre au monde macroscopique du ciel.