Dans la brousse du Sénégal


© William Keo


Dans la brousse du Sénégal, il y a des enfants qui traquent le temps. Au coeur d'une végétation tropicale, ils sont deux à se faufiler entre des herbes encore un peu plus hautes qu'eux. Un palmier en arrière plan fait office de phare, et à ses côtés se situent des murs en construction, le toit d'une hutte et d'autres arbres dont les feuilles se laissent guider par le vent maritime. Ce que le silence d'un instantané saisi reste insondable.


En hors-champs, des myriades de marais salants : étant la première ressource locale de la région de Fatick, les marais sénégalais sont couramment surnommés l'or blanc. L'odeur saline semble envelopper ces deux enfants aux corps ténus mais tenaces. Les cheveux et la peau iodés, ils foulent le sable broussailleux de leurs pieds nus qui les ancrent davantage dans leur verticalité. Le premier en avant, son t-shirt déchiré, un rictus au visage et tenant une grande lame dans la main gauche. Le second qui le suit porte un col rond, arbore une autre façon de fixer l'objectif mais son port de tête est tout aussi insoumis. Leur conviction à engager ce chemin paraît inébranlable, ils vont y mesurer l'envergure de ce qu'ils pourront atteindre, tout au bout. Garder la tête haute et réchauffer la nuit de leurs rêves interstellaires ; le palmier comme point focal lorsqu'ils se retourneront pour mesurer la distance parcourue. Se fondre dans la brousse du Sénégal pour se rasséréner l'esprit, s'endurcir le corps face à la haine meurtrière qui peut s'immiscer au quotidien. Enfants pétris d'aventures ou protégeant leur liberté, ils élancent tous les deux leur jambe gauche simultanément dans l'inconnu, et la lame reste en suspens.