Coal Miner


© Elliott Verdier


On se tient à la porte d’un camion, projeté dans l’intimité de celui qui part. Un homme s’assoit au volant et n’a pas encore fermé sa portière, il suspend son geste, intrigué par le fait qu’on lui tire le portrait. Figé dans l’instant, il nous fixe de son regard grave. Grave mais sans détresse, il quitte sa maison pour aller travailler ; le chantier doit avancer. On ressent comme un voile de solitude dans ses yeux, mais elle reste lointaine, comme si elle s’était déjà intériorisée en lui au fur et à mesure du temps.


Tout s’annonce du jour qui vient : on sait que le bleu du ciel est partout autour du camion et que la neige persiste malgré le soleil. La porte nous est ouverte, une place nous attend en pleine lumière. Nous allons nous asseoir et nous laisser emmener, découvrir un chemin qui nous est encore inconnu alors que lui l’entreprend chaque matin du jour qui vient et le connaît autant que son propre corps. Le soleil est fort mais ne chauffe pas, il éblouit seulement les yeux. Ici le présent ne laisse pas beaucoup de marge, on reste prisonnier du passé, il ne passe pas, ou bien difficilement. On habite un lieu, nos sens s’y imprègnent puis on ne voit pas les jours filer. Même si certaines journées sont pesantes, elles s’amoindrissent dans le souvenir et finissent par s’étioler complètement. Le temps passe vite, les années grondent mais les hommes ne les sentent pas, ils sont restés les mêmes, à vivre dans un environnement trop grand pour eux, trop vide pour en sortir.


Le matin il se lève pour aller à la mine, creuser des puits afin d’accéder au minerai et construire des gîtes en profondeur. L’alchimie du changement semble s’éterniser.