"Pig" de Michael Sarnoski, à la recherche d'une truie truffière

Présenté au dernier Festival du film américain de Deauville, Pig sort le 27 octobre en salle en France et mérite le détour : intense récit servi par un Nicolas Cage méconnaissable.


Robin Fern (Nicolas Cage) dans Pig, de Michael, 2021. Neon

Cage, colosse des forêts


Après avoir vécu une vie de citadin, Robin Fern (Nicolas Cage) s’est retiré dans la forêt de l'Oregon. La mort de sa femme Laurie a déclenché chez lui un besoin de tout quitter pour retourner à la terre, comme par instinct de survie. Depuis, il vit dans une cabane sobrement aménagée, avec sa truie truffière, une belle rousse au groin expert. Grâce à elle, il reste connecté à la civilisation, vendant ses truffes à un jeune entrepreneur, Amir (Alex Wolff) avec qui il se liera d'amitié. Lorsque sa truie est violemment kidnappée, il se lance à sa poursuite, même si, pour avoir une chance de la retrouver, il devra revenir sur les traces de son passé. En effet, cet enlèvement n'est pas une simple chapardée, Robin porte la truie dans son cœur.

Engagé dans une course contre la montre, il ne prend pas un seul instant pour nettoyer son corps ou changer de vêtement. Tel un colosse des forêts, son visage porte les stigmates de sa douleur - sang, terre et larmes. Son dos, puissant comme un séquoia, contraste avec ses mains délicates, qui révèlent détenir un fameux secret. Mais les (trop) nombreux rebondissements du film manquent de finesse, et c'est certainement dans cette trame narrative trop gourmande, que le film atteint ses limites. Néanmoins, le premier long métrage de Michael Sarnoski est cinématographiquement très abouti. Ses plans, de toute beauté, enregistrent la forêt comme un lieu sacré, une source profonde commune aux hommes et aux bêtes. Aussi, le travail effectué avec le compositeur Alexis Grapsas est perceptible et raffiné : tous les bruits de la forêt ont été équilibrés pour suggérer une quiétude, de sorte à nous plonger dans une bulle de protection : mousse sur les pierres, rivière qui s’écoule, duvet de feuillage, terre retournée, truffe trouvée… L'odeur de cette dernière, si caractéristique, parvient presque à se dégager de l’écran. Tandis qu’en ville, les sons métalliques et râpeux procurent directement un malaise, rappelant la brutalité d'une agglomération urbaine comme Portland, qui rend possible la coexistence du meilleur et du pire.


Douces réminiscences


En cours de route, les souvenirs refluent parfois de manière palpable, comme lorsqu'il retrouve son ancienne maison. Cette scène compte parmi les plus belles, seul instant où Rob esquisse un sourire. Questionnant l'enfant qui habite désormais les lieux, il remarque avec nostalgie l'absence du plaqueminier, l'arbre à kaki, "des fruits oranges qui ressemblent à destomates". Puis l'enfant le prend au dépourvu et lui propose de jouer de son Handpan. Finalement, aussi difficile qu'elle puisse être, cette investigation lui sert de catharsis pour engager le processus de deuil, longtemps refoulé, et lui permettre de recouvrer une certainepaix de l'âme.


La performance de Nicolas Cage (physiquement métamorphosé), qui d’après le réalisateur, a tout de suite cerné le personnage, facilita le tournage. Rares sont les scènes qui ont été tournées plus de deux fois, ce qui a permis un tournage expéditif de seulement 20 jours. A travers ce récit, son personnage manifeste une quête d'authenticité qu'il a récemment indiqué partager dans la vie réelle - Cage ressent la même oppression pour Hollywood que son personnage pour la ville. Ainsi, Robin ne vit-il que pour exister en communion avec la nature et ce qu'elle offre, notamment ses produits bruts, la truffe en tête.


Apolline Limosino